87 % des cyberattaques visant les entreprises arrivent par e-mail. Aucun algorithme, aucun filtre automatique n’a encore réussi à fermer définitivement la porte aux pirates. Même les protocoles de sécurité qui font figure de référence, SPF, DKIM, DMARC, laissent passer des tentatives d’usurpation ou de phishing.
Ce n’est souvent qu’après un incident que certaines sociétés réalisent que la configuration de leur messagerie ouvre la voie à des attaques évitables. Pourtant, il existe des méthodes concrètes pour mieux verrouiller les échanges professionnels et réduire l’exposition aux risques liés au courrier électronique.
La sécurité des e-mails : un enjeu sous-estimé face à des menaces en constante évolution
Le flot quotidien de courriers électroniques fait de la sécurité des e-mails un sujet qui ne se résume plus à un simple paramétrage. Les méthodes d’attaque évoluent vite. Les cybercriminels exploitent chaque faille de la messagerie électronique pour propager logiciels malveillants, ransomware ou virus. Le phishing domine : un mail qui ressemble à s’y méprendre à un message légitime, une pièce jointe anodine ou un lien piégé, et tout le système de l’entreprise peut être compromis en quelques instants.
Les menaces se transforment sans arrêt. Un cheval de Troie se cache désormais dans un document Word, un spyware s’invite dans un PDF, pendant qu’un ransomware vise les espaces cloud tels que OneDrive ou les solutions de messagerie hébergées par Microsoft. Les spams, eux, se sont mués en outils d’attaque sophistiqués, capables de passer entre les mailles des filtres classiques.
Le phénomène de l’usurpation d’identité prend de l’ampleur, facilité par la revente d’identifiants piratés et par l’industrialisation des attaques. La protection des mails ne se limite plus à installer un antivirus : il s’agit d’instaurer une politique globale où la veille, la technologie et la sensibilisation avancent de concert. Grandes entreprises comme PME affrontent des menaces qui changent de visage aussi vite qu’elles se renforcent.
Voici un résumé des principales techniques auxquelles il faut faire face :
- Phishing : collecte de données sensibles via de faux courriels
- Logiciels malveillants : propagation de ransomware, spyware ou cheval de Troie
- Usurpation d’identité : exploitation d’adresses mail compromises
- Attaques sur le cloud : ciblage de services comme OneDrive ou Microsoft 365
Le réflexe de prudence doit devenir une habitude. Pour rester fiable, la sécurité e-mails repose sur un trio : des outils adaptés, des pratiques partagées et une capacité d’adaptation permanente face à des cyberattaques de plus en plus rusées.
Quels sont les protocoles incontournables pour protéger ses échanges électroniques ?
La sécurité messagerie électronique est bâtie sur plusieurs protocoles qui protègent la confidentialité et l’intégrité des échanges. Parmi eux, trois piliers font figure de référence pour authentifier l’expéditeur, traquer l’usurpation et limiter le phishing :
- SPF (Sender Policy Framework) : il contrôle si le serveur qui envoie le mail est bien autorisé par le domaine concerné.
- DKIM (DomainKeys Identified Mail) : il ajoute une signature numérique dans l’en-tête du mail, preuve que le contenu n’a pas été modifié.
- DMARC (Domain-based Message Authentication, Reporting & Conformance) : il orchestre SPF et DKIM, définit la politique en cas d’échec d’authentification et produit des rapports détaillés sur les tentatives frauduleuses.
Le chiffrement des mails fait partie des mesures attendues. Les échanges bénéficient d’une protection lors du transport grâce à SSL ou TLS, appliqués aux protocoles SMTP, IMAP et POP3. Quant au STARTTLS, il permet d’activer la sécurité dès que l’infrastructure le permet, sans configuration complexe.
Certains services, comme ProtonMail ou Tutanota, vont plus loin avec le chiffrement de bout en bout : seul le destinataire peut lire le message. Pour renforcer la sécurité à l’accès, l’authentification multifactorielle (MFA) ajoute une étape supplémentaire lors de la connexion à la messagerie. Les solutions professionnelles telles que Google Workspace, Mimecast ou les environnements Microsoft intègrent ces dispositifs, verrouillant ainsi les points d’entrée.
Comprendre le fonctionnement du chiffrement, de l’authentification et de la signature numérique
Le chiffrement transforme un message en une série de caractères inintelligibles, lisibles uniquement par le destinataire qui détient la clé. On distingue deux approches : le chiffrement symétrique (même clé pour chiffrer et déchiffrer) et l’asymétrique (une clé publique pour le chiffrement, une clé privée pour le déchiffrement). Ce dernier modèle s’impose dans des solutions comme PGP, GPG ou S/MIME. SSL et TLS protègent le transport des courriers électroniques, mais seul le chiffrement de bout en bout garantit que ni l’hébergeur, ni un tiers ne pourra accéder au contenu du mail.
L’authentification s’appuie sur SPF, DKIM et DMARC. SPF vérifie que l’adresse IP de l’expéditeur a le droit d’envoyer des mails pour le domaine. DKIM ajoute une signature numérique générée par une clé privée, vérifiable à l’aide de la clé publique du DNS. DMARC supervise l’ensemble, impose une politique claire et offre des rapports sur les échecs et les tentatives suspectes. Ces mécanismes compliquent radicalement l’usurpation d’identité.
Enfin, la signature numérique, créée via un certificat numérique émis par une PKI (Public Key Infrastructure), prouve l’intégrité du message : la moindre modification la rend caduque. Ce procédé protège les échanges sensibles et devient incontournable pour les secteurs soumis à des exigences réglementaires strictes.
Mettre en place des pratiques efficaces pour renforcer la sécurité des e-mails en entreprise
Priorité à la vigilance collective
La sécurité des mails en entreprise ne se limite pas à l’installation d’outils. Il s’agit d’un changement de mentalité. Former les équipes, organiser des séances régulières de sensibilisation et simuler des tentatives de phishing créent un climat d’alerte constructive. Chacun devient alors capable de repérer un mail douteux ou une pièce jointe piégée.
Renforcer l’authentification et les filtres
La double vérification s’impose. Adopter l’authentification multifactorielle (MFA) via SMS, application mobile ou clé physique réduit le risque d’accès illicite, même si un mot de passe est compromis. Les mots de passe robustes sont de mise, combinant plusieurs types de caractères. Côté technique, des filtres antispam avancés et des solutions de filtrage des spams limitent l’arrivée de messages piégés dans les boîtes de réception.
Les bonnes pratiques à adopter pour limiter l’exposition aux attaques sont les suivantes :
- Installez un logiciel antivirus fiable et laissez-le se mettre à jour sans intervention.
- Activez les mises à jour logicielles pour l’ensemble des clients de messagerie et des systèmes utilisés.
- Vérifiez systématiquement les pièces jointes et liens : manipulez les fichiers suspects dans un environnement sécurisé ou isolez-les avant ouverture.
Respecter les normes (GDPR, HIPAA, PCI-DSS, GLBA) donne un cadre à la gestion des données. L’utilisation d’outils DLP (Data Loss Prevention) et d’un portail sécurisé pour le partage de documents confidentiels s’avère pertinente. Une sécurité messagerie solide se construit à la croisée de solutions éprouvées et de comportements responsables.
Rien n’est figé : la sécurité des e-mails ressemble à une course de fond où chaque étape compte, et où le prochain défi n’est jamais loin. La vigilance, elle, ne prend jamais de pause.


